Les coupes de bois dans le Bois des Échelles

extrait du bulletin municipal n°19 - décembre 2024 :

Notre commune est entourée de forêts. Les nombreuses parcelles sont gérées par différents groupements de propriétaires. Saint-Sulpice-Laurière est l'unique propriétaire du GSF (Groupement Syndical Forestier) accessible depuis la Route de la Pierre Taillade qui mène au Maillorat et possède des parts dans le Groupement forestier du Bois des Échelles.

 

Le Groupement du Bois des Échelles est une propriété privée créé en 1971 suite aux apports de parcelles de terrains réalisés par de multiples propriétaires du secteur désireux de mettre en valeur leur patrimoine et de créer une forêt susceptible de produire les bois de qualité nécessaires à notre économie.

 

La création de cette forêt a été rendue possible grâce aux aides financières, aujourd’hui remboursées, du Fonds Forestier National. Elle s’étend sur les communes de Saint-Sulpice-Laurière, Bersac-sur-Rivalier et Saint-Léger-la- Montagne. Chacune de ces communes est membre du Groupement qui compte actuellement 57 porteurs de parts.

 

Elle est gérée en conformité avec la législation forestière et, à ce titre, est dotée d’un plan simple de gestion approuvé par l’assemblée générale annuelle des porteurs de parts et agréé par le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF). Le gérant du Groupement, accompagné de techniciens de la coopérative forestière CFBL, applique scrupuleusement les directives de ce document et procède aux coupes et travaux prévus afin de récolter les bois mûrs et de procéder à leur renouvellement.

 

Les habitants de notre commune ont pu s’émouvoir de constater des modifications du paysage forestier auquel nous nous étions habitués depuis plusieurs décennies. La brutalité des coupes réalisées avec des moyens modernes, les conditions de débardage et de stockage ainsi que le transport du bois sur nos petites routes est, il faut en convenir, un peu traumatisant.Jusqu’à présent les coupes étaient des coupes d’éclaircies dans les peuplements de douglas, ce qui n’a pas modifié le paysage. Les coupes qui viennent d’être réalisées sur Poperdu et la Pissarote sont des coupes rases d’épicéas communs et d’ épicéas de sitka justifiées par leur très mauvais état sanitaire constaté par des spécialistes du département Santé des Forêts (DSF).

 

Vous avez bien évidemment entendu parler du réchauffement climatique, il est la cause de ce problème. En effet, la température et le manque d’eau, notamment en 2023, ont affaibli les épicéas qui se sont trouvés incapables de se défendre contre les attaques d’insectes (scolytes ips typographus). Le groupement a commencé par purger les zones attaquées mais il s’est avéré que l’ensemble du peuplement était en danger de mort. La décision a donc été prise de couper tous les arbres avant qu’ils n’aient perdu la totalité de leur valeur.

 

Compte tenu des nouvelles conditions climatiques et surtout des prévisions de hausse de la température le problème qui se pose est : Quelles essences planter, susceptibles de s’adapter au climat de 2100 mais aussi de s’adapter à celui d’aujourd’hui ? Le Douglas reste une essence utilisable. En effet son aire naturelle s’étend sur 3000 km du Canada à la Californie ce qui lui donne une bonne plasticité. Si l’on veut sortir du tout Douglas, le problème se pose :

 

• pour les conifères, les épicéas et les sapins sont éliminés. Nous sommes obligés d’utiliser des essences issues de régions méditerranéenne telles que certains pins et les cèdres.

 

• pour les feuillus, le problème est encore plus ardu. Les hêtres, les châtaigniers et les chênes pédonculés sont à éviter. Il nous reste le chêne sessile, les chênes américains et d’autres essences beaucoup plus confidentielles.

 

Afin de participer aux expérimentations dans le cadre du choix de nouvelles essences, sur la parcelle de « La Pissarote »(*) le groupement a procédé à un reboisement avec des arbres un peu atypiques qui, après une première saison pluvieuse, donc favorable, présentent un très bon taux de reprise. Ont été essayés des cèdres de l’Atlas, des pins laricio de Corse, des séquoias sempervirens, des chênes sessiles, des tulipiers de virginie et, à titre très confidentiel quelques paulownias.

 

Une première année de plantation ne permet bien évidemment pas de tirer de quelconques conclusions pour un boisement de grand ampleur. En ce qui concerne la parcelle de Poperdu, le reboisement devrait être réalisé avant le printemps prochain. Une étude des stations sera réalisée par des spécialistes et les essences utilisées seront bien évidemment adaptées aux stations sans négliger les intérêts des porteurs de parts.

 

On entend parfois dire que la régénération naturelle serait la panacée et qu’on pourrait obtenir la forêt perpétuelle, en fait il n’en est rien. Nous l’avons tenté sur Saint-Léger-la-Montagne mais le manque de graines dû aux fréquentes gelées printanières nous a conduit à réaliser une plantation traditionnelle. Il ne faut surtout pas penser qu’un arbre issu de régénération naturelle sera automatiquement adapté aux nouvelles conditions climatiques, les chênes pédonculés, en train de disparaître, sont là pour nous le prouver.

 

En résumé, on peut dire que le groupement, tout en tenant compte des intérêts des adhérents, pratique une gestion dynamique visant à produire les arbres de qualité recherchés par les acheteurs. Cette gestion tient compte des contraintes environnementales et paysagères et près d’un quart de sa surface est consacré au maintien de la biodiversité.

 

(*) La parcelle de La Pissarote se situe derrière l'ancien camping, accessible par le chemin de Bellevue.